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La montagne par tous les temps, en toutes saisons, par tous les moyens

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Une nuit de pleine lune au refuge du Couvercle

Renseignement pris auprès de l'OHM: certains aménagements du "sentier" des échelles des Egralets ont été enlevés: les petites plateformes métalliques qui permettent de faire quelques pas au-dessus du vide pour passer d'une échelle à l'autre sont démontées chaque année à la fin de la période de gardiennage des refuges (mi-septembre), afin d'éviter qu'elles ne soient arrachées par les avalanches. Il ne reste que les petits marchepieds, de type via-ferrata. D'après la dame de l'OHM, "ça envoie du gros" à un moment, ce n'est plus tout à fait de la rando, il faut déjà avoir le pied un peu alpin, et surtout "ne pas y craindre" comme dit Seb !

Heureusement j'avais prévu le coup et j'ai emporté deux longes. Je peux donc me vacher alternativement sur un barreau, puis sur l'autre, en étant toujours attaché au moins sur un point. La progression s'en trouve fortement ralentie, mais psychologiquement c'est beaucoup plus confortable: moins crispé, j'ai pu avancer sereinement. Malgré tout, vous me voyez navré, mais il n'y a pas de photo de ce passage franchement aérien !

 

Je prends donc le 1er train du Montenvers à 10h, prends pied sur la Mer de Glace à 11h, chausse les crampons et mets le cap sur les Grandes Jorasses ! Après avoir copieusement transpiré dans les éboulis du sentier des Egralets, je suis à 14h15 au pied des fameuses échelles. Autant celles du Montenvers me sont familières et ne sont pas trop verticales, autant celles-ci sont impressionnantes, de hauteur et de verticalité. Mais en fait, la seule réelle difficulté réside dans la traversée d'un couloir dont on comprend aisément qu'en hiver il doit canaliser de belles avalanches. Rien de compliqué techniquement, juste quelques pas sur ces fameux marchepieds puis sur une bonne vire, mais avec une vue très plongeante. C'est là que je me suis fait la réflexion que je n'aurais jamais pu être premier de cordée !!! J'aime bien grimper, mais à condition d'être bien assuré.

Ensuite, sur le sentier en balcon, c'est un paysage somptueux qui s'offre aux yeux: on domine pas moins de 3 bassins glaciaires:

- Celui du Géant: la Vallée Blanche, avec la Tour Ronde, la Combe maudite, le Grand Capucin, le Tacul, puis l'Envers des Aiguilles de Chamonix.

- Celui du glacier du Mt Mallet puis de Leschaux, avec l'aiguille de Leschaux, les Petites et Grandes Jorasses, le col des Hirondelles, le dôme de Rochefort.

- Et celui de Talèfre où je découvre progressivement le Plateau de Triolet, l'arête des Rochassiers, le col des Cristaux, l'aiguille Croulante, l'aiguille qui Remue, puis les Courtes, et les Droites. A mon grand regret, l'aiguille Verte et le couloir Whymper restent masqués par l'arête S-E du Moine. Pour les voir il faudrait que je monte un peu au-dessus du refuge. Il est tard, je suis rincé, il faut que je démarre le feu dans le poêle pour faire fondre de la neige, que je trouve le meilleur endroit où installer le trépied ...

 

Dans le refuge, une fois le poêle démarré, la température monte très vite. Je n'aurais peut-être pas dû jeter 4 bûches en même temps dans le feu: je transpire autant que sur le chemin !!

Ensuite: soupe, céréales, comté, chocolat, compote, photos, dodo !

 

Le lendemain matin, départ vers 9h15. A la fois pour éviter la descente par les échelles des Egralets, et pour découvrir un chemin que je ne connais pas, je prends le sentier balcon, qui passe par le bassin de la Charpoua, en surplombant la Mer de Glace. Les échelles y sont aussi très nombreuses, mais beaucoup moins gazeuses. Deux passages englacés me causent quelques soucis:

- Les rochers qui bordent un torrent sont recouverts d'une fine pellicule de glace que quelques coups de piolet suffisent à enlever. Mais le rocher reste mouillé et malgré la présence d'une chaîne, je me méfie et chausse les crampons pour éviter tout risque de patinage intempestif.

- Ensuite, c'est une large vire (presque 2 mètres de large, un véritable sentier !), mais bordée par un petit à pic, et recouverte d'une couche de glace de près de 10 cm d'épaisseur, sur environ 3 m de long (3 pas à faire). Il y a bien une rambarde à laquelle s'agripper, mais elle est trop courte: elle se termine là où la glace commence ! L'endroit est à l'ombre, la glace est dure, lisse, très glissante. Je ne suis pas certain de l'efficacité de mes crampons sur une telle glace. Je me servirai du PIOLET SEUL. Le piolet est vraiment un outil à tout faire. Je commence par tailler de véritables marches dans la glace: à grands coups de la pointe de la lame, je creuse l'épaisseur de la glace, jusqu'à faire jaillir de petites étincelles, signe que je cogne sur le rocher ! J'obtiens ainsi deux petites "bassinettes" pointure 42 ! Ensuite, pour remplacer la rambarde trop courte, je glisse mon piolet dans une fente du rocher, et le bloque, obtenant ainsi un point d'appui solide pour ma main droite.

Ensuite, je navigue en terrain connu: les 300 m de traversée sous le glacier de la Charpoua, où deux gars font une petite sieste en attendant leur copain qui est redescendu un peu plus bas à la recherche de sa doudoune, (qui contient ses papiers) égarée sur le chemin ! (comme quoi ce genre d'histoire n'arrive pas qu'à moi !). Ensuite c'est les échelles avec encore quelques pas réclamant encore un peu de concentration, les crampons encore pour les 150 mètres sur la mer de glace, et enfin les échelles du Montenvers, que j'escaladerais en rigolant si le sac et les jambes n'étaient pas si lourds ! Je m'écroule sur un banc de la terrasse panoramique du Montenvers, face aux Drus, il est 16h15.

Et c'est parti pour 65 photos (diaporama et F11)



 

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